Clandestin à Mayotte : l’impasse

TÉMOIGNAGE « Léger », c’est son surnom, est arrivé à Mayotte en 1996 en quête d’un avenir moins sombre que celui qui l’attendait dans son petit village de Mohoro, en Grande-Comore. Il y a quelques mois, il quittait l’île au Lagon pour retourner à Ngazinja, nom comorien de Grande Comore, tenter une nouvelle aventure, conscient que, finalement, l’avenir était aussi bouché pour lui à Mayotte qu’aux Comores.

| Eric Trannois – Mayotte 2003 |

Avant de partir, il a voulu raconter son histoire, témoigner de son expérience et de la difficulté à vivre entre deux mondes, entre deux cultures, dans ce qu’il appelle un « livre », qui ne fait que quelques pages manuscrites, mais expose l’essentiel de ses préoccupations.

Léger n’est pas allé à l’école très longtemps. Pourtant il connaît le nom de tous les ministres français ainsi que tout ce que la planète compte d’hommes politiques influents, ou médiatiques. La vision qu’il a du monde qui nous entoure, de son évolution est confondante d’intelligence et de logique, même si, au bout du compte, le pragmatisme africain, voire le fatalisme, finit par l’emporter. Son texte a été retranscrit aussi fidèlement que possible, avec les images, les mots de Léger… et ses maladresses de langage.

« Le monde humain »

« Je suis un pauvre noir qui est né dans un lieu mesquin. Je suis né à 0,65m de l’école et mon père était cultivateur. Il a refusé de m’envoyer à l’école et ma mère a essayé de m’emmener à l’école. J’y suis entré au CP1 et je l’ai quittée en troisième. Aujourd’hui, j’ai pris la décision de faire un livre pour que le monde humain sache, qu’il essaie de comprendre « mon » monde. Le monde se développe très vite. Si tu perds une seconde d’apprentissage, tu ne la rattraperas jamais.

La première maladie, c’est le racisme. La seconde, c’est la négligence. Partout dans le monde on est maintenant d’accord qu’on a été créé par un seul Dieu. Il nous a créés différents, selon l’endroit où l’on est né, mais nos pratiques religieuses sont identiques. Les choses sont ainsi : nous n’avons pas à nous poser la question de savoir pourquoi. Pourquoi noir ? Pourquoi blanc ? Regardez les plages, il y a des plages de sable blanc, des plages de sable noir. C’est comme ça. Je demande au monde qu’il prenne conscience que c’est le Créateur qui a fait ces différences. Quel miracle fait que ces vagues qui naissent d’elles-mêmes séparent le sable blanc du sable noir ?

J’étais pêcheur et ma mère a rejeté mes poissons. Je me trouve maintenant être cultivateur comme mon père. Et ma famille n’est pas non plus d’accord avec ce métier. Mes copains ne sont pas d’accord non plus : pendant que je suis au champ, je ne suis pas avec eux… et moi-même, je cultive pour essayer de faire bouger ma vie.

Un jour, je me trouvais à la capitale (Moroni) pour apprendre la mécanique et je n’ai pas pu tenir le coup : ma famille me manquait, je n’avais pas les moyens matériels pour rester à la capitale. Je suis retourné dans mon village. »

Léger dans son magasin de Grande Comore

Par deux fois, Léger a tenté de monter un commerce en Grande Comore : pris entre la pression de la religion qui lui interdisait de vendre de la bière et la famille qui ne comprenait pas qu’elle devait payer ce qu’elle prenait à la boutique, il a dû renoncer… A Mayotte, Léger est revenu au métier paternel : l’agriculture. Les problèmes liés à sa situation de sans-papiers et aux jalousies du voisinage l’ont fait reprendre la mer…

« J’ai alors commencé à penser ma vie. J’ai monté une épicerie : ce n’était pas encore la bonne idée. Ma famille croyait que je gagnais de l’argent que j’allais dépenser avec les copains et avec des filles. Mon objectif n’était pas là. La réalité n’était pas là. J’ai fermé ma boutique.

J’ai contacté des médecins de Madagascar pour qu’ils viennent dans mon village pour créer un centre de soins. Fanafoudigasy, c’était le nom de cet hôpital. On partageait l’argent gagné, 1500 fr CFA (environ 3 €) par visite. Très rapidement, je me suis heurté une nouvelle fois aux habitants du village : ils trouvaient que je gagnais de l’argent sur leur dos. J’ai fermé l’hôpital.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de bouger. J’étais malade, sans possibilité de me faire soigner à Moroni. Je me suis donc embarqué pour Mayotte, sans visa, en kwassa-kwassa. C’était en 1996.

J’ai pris la décision de risquer ma vie, de quitter ma famille, mon village, mes copains, oubliant les conseils que je donnais au cours de meetings politiques en Grande Comore. Je conseillais de ne pas venir à Mayotte en kwassa-kwassa parce qu’on a perdu beaucoup de personnes dans ces voyages. Et maintenant, c’était moi qui risquais ma vie pour venir !

J’ai été obligé de venir clandestinement à Mayotte pour me faire soigner. Au bout de trois jours, mes douleurs se sont calmées. A partir de là, j’ai commencé à goûter Mayotte, à m’y sentir bien, en bonne santé.

Par contre, quand tu es à Mayotte, sans papiers, tu ne peux pas sortir. Tu as peur de la police parce que tu es clandestin. Si je sors un peu de la maison, j’ai peur.

J’ai commencé à me demander pourquoi j’étais venu ici, puisque je ne pouvais même pas sortir de ma maison. La bonne santé revenue, j’ai fini par oublier que j’étais venu pour me faire soigner.

J’ai travaillé pour gagner de quoi payer le billet de retour à Moroni. Je suis reparti à Moroni au bout de quatorze mois, retrouvant ma femme restée au pays. J’ai remonté une autre boutique. Au bout d’une dizaine de mois, ma fille était née et ma femme a voulu venir à Mayotte pour rejoindre sa mère qui vivait là depuis plus de dix ans, en situation régulière, avec carte de séjour et tout ça…

On est donc venus à trois, en kwassa-kwassa. Ma fille avait alors cinq ou six mois. Nous nous sommes installés à Mtsapéré-Mtsangani, dans une case qu’on louait deux cents francs par mois. C’était une case traditionnelle avec des murs en terre et un toit de tôle. Il n’y avait qu’une pièce, j’ai construit une deuxième pièce pour nous faciliter la vie avec ma fille.

Ma femme faisait des ménages chez mes copains métropolitains. »

A Mayotte, Léger s’est essayé à l’agriculture

Durant son séjour de plusieurs années à Mayotte, Léger a tenté de nombreuses expériences professionnelles : salarié, cultivateur, commerçant… Chacune d’elle a dû s’interrompre pour une même raison, il n’avait pas de « papiers ».

« Quant à moi, pendant cinq ans passés à Mayotte, j’ai fait tous les métiers : employé d’une entreprise de nettoyage qui travaillait pour la SIM. Le patron de l’entreprise, clandestin lui-même, a préféré rentrer à Moroni où il a ouvert un magasin. Ensuite j’ai commencé à faire gardien pour des métropolitains. Je gardais leur maison quand ils n’étaient pas là, qu’ils partaient en vacance. Ça me permettait de gagner un petit sou. J’ai aussi été maçon en Petite Terre, dans une entreprise de construction de bâtiment dirigée par un Anjouanais qui avait ses papiers. Au bout de trois mois, fatigué de ne pas être payé, j’ai quitté cet emploi et j’ai dû faire appel à la DTEFP pour récupérer mon dû. Ce fut chose faite au bout de trois semaines. J’ai aussi travaillé à dans une entreprise de téléphonie. Je plantais les poteaux, tirais les câbles, contrôlais les boîtiers de dérivation. C’est un travail épisodique, payé à la tâche. Ensuite, je suis devenu boulanger à Combani. Les personnes qui venaient chercher leur pain ne me reconnaissaient pas : j’étais devenu blanc !

Le patron, un mzungu, m’a dit un jour : si tu veux t’en sortir dans la vie, tiens le coup, apprend bien ce métier de boulanger : avec lui, tu auras toujours du travail. J’ai vraiment engagé ma vie pour apprendre ce métier. J’ai appris le métier. J’ai obtenu un certificat de travail de boulanger-pâtissier.

C’est en regardant le pétrin tourner sur lui-même comme la terre tourne sur elle-même, en regardant les vagues de pâte que j’ai commencé à avoir l’idée de ce petit livre.

La politique c’est le père de cette maladie qui divise les hommes en créant des frontières artificielles. La diplomatie devrait faciliter les échanges, mais elle ne peut pas grand chose face à l’exclusion créée par la politique, par la couleur d’un passeport. Je demande au monde qu’il trouve le moyen de permettre aux gens de circuler comme ils en ont les moyens.

J’étais bien à Mayotte, en bonne santé. Tout allait bien dans mon couple, ma fille grandissait, elle aussi en pleine santé. Un autre bébé est arrivé. C’est un garçon. Nous l’avons appelé Oissan. En comorien, ça veut dire « Encore », « un deuxième », parce qu’on ne l’attendait pas. Ce n’est pas qu’on n’était pas content, mais nous avions déjà des problèmes pour mettre notre fille à l’école : on ne pouvait pas l’emmener à l’école sans risquer de se faire prendre par la police. Elle a dû apprendre le français avec les Témoins de Jéhova, avec des copains. On était contents quand même. C’était un garçon. Nous avions déjà une fille, Oifiknat, « je reconnais ». On l’a appelée comme ça parce que j’étais à Mayotte quand le ventre de sa mère s’arrondissait en Grande Comore… Les gens commençaient à parler. En lui donnant ce nom-là, j’affirmais définitivement que c’était ma fille et celle de personne d’autre. Moi, je savais que c’était ma fille.

La situation devient difficile. Je me trouve malheureux avec les problèmes de police. Je me trouve triste avec mes enfants parce que j’ai peur d’être pris par la police et d’être séparé de mes enfants.

Maintenant, j’ai pas mal de copains métropolitains et j’ai la possibilité d’avoir un certificat d’hébergement qui me permettrait de venir à Mayotte en situation régulière. C’est pour cette raison que je repars à Moroni, espérant obtenir un visa.

Rien ne va à Moroni et je commence à penser à mes enfants restés à Mayotte.

Le visa m’a été refusé. « Tu es Comorien, Mayotte, c’est un autre pays, on ne te donne pas de visa ». Je n’avais pas donné d’indication sur la durée de ma présence à Mayotte pour ce visa. Même si j’avais voulu venir une semaine, ou une journée, je n’aurais pas eu de visa.

Je savais que les marins avaient le droit de faire escale à Mayotte, comme dans tous les ports du monde. J’ai donc trouvé un emploi de matelot. J’ai fait un voyage à Zanzibar sur le Bénara puis je suis venu à Mayotte sur le Foumbani. J’avais au moins le droit de débarquer et d’embrasser mes enfants.

Je les ai retrouvés avec grand bonheur mais les problèmes reviennent vite et notre famille va bientôt éclater. Ma femme se fatigue des problèmes d’argent. Ma situation de sans-papiers m’interdit de travailler. La situation des sans-papiers est de plus en plus difficile, la police est partout maintenant. Des fois, tu veux rentrer chez toi et le quartier est bouclé par la police… Les gens ne veulent plus embaucher de sans-papiers : ça devient de plus en plus risqué pour l’employeur.

Je finis par me séparer de ma femme. Je me trouve à Mayotte, séparé de mes enfants parce que je n’arrive pas à gagner ma vie quotidienne. Même quand je trouve un petit travail, au noir, et que je gagne un petit quelque chose, il faut encore que je trouve quelqu’un pour me garder mon argent : pas de papiers, pas de compte en banque ! Quand j’en ai besoin, pour récupérer mon argent, je suis obligé de prendre des risques : prendre un taxi est un risque.

La vie de clandestin est une vie difficile. Je demande au monde de trouver une solution parce que quand on est clandestin, on ne peut pas faire sa vie comme les autres. J’aimerais bien payer des impôts, comme tout le monde, cacher mon argent en banque et puis, voyager comme les autres.

Je fais ma vie comme un voleur. Je vis caché, dans un endroit, ici, à Mayotte, qui s’appelle Kiama. Ça me fait peur de parler de ça, parce que Kiama, c’est un endroit où l’on se retrouve quand on est mort. (le kiama c’est le purgatoire des musulmans). Mes amis, ce sont les makis qui habitent autour de ma case, les poules. Mes voisins, ce sont des lapins et des zébus. Je me pose encore cette question : « Qu’est-ce que je fais ici pour trouver ma vie, ma vie quotidienne ? »

Je reprends le métier de mon père : je plante des tomates, des aubergines, des concombres, je m’occupe de mon jardin pour vendre mes légumes et gagner un peu de sous.

Je suis même passé à R.F.O. : on me voit présenter des oranges. Je ne sais pas quel était le sujet de l’émission, ils sont venus me voir pour que je leur parle de mon travail de cultivateur.

Je demande au monde de trouver une solution pour qu’on puisse quitter cette vie de clandestinité et de pauvreté.

Si je trouve un travail, souvent, le patron ne veut pas me payer parce que je n’ai pas de papiers.

Je vous ai déjà parlé de ce patron qui ne m’a payé que sous la pression de la DTEFP. Mais il y a encore pire : une fois, je travaillais de nuit, dans une boulangerie, le patron est arrivé, saoûl. Nous étions en manque d’huile. Je l’avais prévenu. Il m’a dit que je mentais et m’a frappé en disant : « Qu’est-ce que tu crois ? nous sommes à Mayotte, tu n’as pas de papiers, tu peux faire ce que tu veux! » Je suis allé voir le représentant de la Ligue des Droits de l’Homme. Nous sommes allés voir ce « patron ». Il m’a payé. C’est tout ce que j’ai pu obtenir pour avoir été battu.

Je ne peux pas emmener mes enfants à l’école parce que je n’ai pas de papiers. Pourtant, mon père était français : j’ai ses papiers français en mains. Je suis né en 1970, avant l’indépendance. Je suis donc né français et devenu Comorien par la suite. Bien évidemment, quand les Comoriens on voté pour l’indépendance, je n’ai même pas pu comprendre ce que cela voulait dire : j’avais quatre ans ! Même mon père n’a rien compris à ces évènements politiques : il était paysan. Pour lui, voter ou ne pas voter… N’oublions pas qu’il avait refusé de m’envoyer à l’école parce que si j’allais à l’école des blancs, je serais « kafir », impur…

Essayez d’imaginer ce que peut représenter, à cette époque-là, aux Comores, pour un paysan, « indépendant ?», « pas indépendant ? »… On ne faisait pas la différence entre « apprendre » et « religion ». Pour mon père, du moment qu’on allait à l’école apprendre le français on devenait « kafir », infidèle…

Je demande au monde de faire vite à enseigner les gens. Le monde change très vite, partout dans le monde. Dans le monde entier, on parle de terrorisme. Le terrorisme est une maladie invisible qui rentre dans un endroit vide. On a oublié tout ce que Dieu a dit : « Si tu ne te soucies que de toi même, tu mourras kafir ». Actuellement, on voit des gens qui posent des bombes dans des endroits où il y a du monde, faisant de nombreuses victimes. D’autres prennent les commandes d’avions qu’ils envoient n’importe où. Ils savent que d’autres gens vont mourir, mais ils s’en moquent. C’est pour que tout cela s’arrête que je demande au monde d’enseigner vite les gens.

Sur le racisme, qui a demandé à Dieu, au père, à la mère de naître rouge, noir ou blanc ? La paix et l’égalité et la fraternité c’est la vraie sécurité et c’est la lumière de la vie.

« L’UNICEF a été créée en 1946 pour répondre aux besoins humanitaires de l’enfant. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale après plus d’un demi-siècle d’existence, le vaste mandat de l’UNICEF englobe les enfants et les femmes, particulièrement dans les pays en développement avec une priorié aux pays les plus défavorisés. L’UNICEF sousrit à une vision du monde qui garantit tous les droits de l’enfant.

Il entre dans le nouveau millénaire avec un ordre du jour qui prend acte de la tâche toujours inachevée et envisage un monde de sociétés basées sur l’intégration où les besoins et les aspirations des membres les plus pauvres et défavorisés seront satisfaits. Les inégalités entre les sexes n’existeront plus et les enfants se réalisront pleinement, grâce à l’accès à la santé, à l’éducation et grâce à leurs capacités d’êtres humains productifs participant à part entière aux décisions qui touchent leur vie. »

C’est un texte qui résume bien ce que j’aimerais dire… Quand je regarde mes enfants Oifiknat et Wassan, j’aimerais que ce texte ne soit pas une simple profession de foi, mais une réalité…

Regardez bien ce qui se passe en Afrique, au Rwanda, en Côte d’Ivoire. Voyez encore bien ce qui se passe au Kenya, voyez bien encore les rébellions qui divisent les gens. Ne parlons même pas de ce qui sépare Israéliens et Palestiniens…

Je me trouve ici, en Afrique, dans l’Océan Indien, aux îles Comores, en 1996, 1997 la population était de 500.000 habitants et on avait 24 partis poltiques ! 500.000 habitants, ce n’est même pas la moitié de la population d’une grande ville ! Voyez bien ce drame du pouvoir que chacun veut utiliser pour son propre compte !

Quel que soit le parti qui est au pouvoir, le fonctionnement est toujours le même : s’enrichir aux dépens du peuple. Un exemple : des Comoriens viennent à Mayotte tenter leur chance. Ils arrivent clandestinement, au péril de leur vie. Ils parviennent à se faire un petit capital sous la forme de petits matériels : un téléviseur, un magnétoscope, un réfrigérateur… Quand ils retournent aux Comores, ils reviennent avec ce petit capital. Arrivés à la douane, on leur demande de payer des taxes d’importation ! Ce qui est concevable dans un système économique « normal » devient intolérable quand il s’agit de clandestins qui sont allés ramasser les miettes, surtout quand on sait qu’un dignitaire, ministre ou autre ne paiera pas ces taxes quand il fera venir son 4×4 flambant neuf…

Mes cheveux étaient longs, maintenant ils sont courts. Cela veut dire que si j’ai la chance de vivre 70 ans, j’ai déjà fait la moitié du chemin.

Je demande au monde comment je vais élever mes enfants dans cette vie de pauvreté où je me sens esclave du malheur. Le malheureux se cache comme un voleur, comme un immigré clandestin. Si, demain, je suis pris par la police ou les CRS que se passera-t-il ? Je serais renvoyé aux Comores, seul. Mes enfants resteront là, mes affaires resteront là, je serais renvoyé sans rien ! C’est pourquoi je demande au monde : « où est la solution ? »

Je demande au monde de vivre comme frère et sœur…

Ce qui est important, c’est d’apprendre. Apprendre ce que veut dire la religion. Je crois que ceux qui ont appris à mon père ont oublié de lui dire que dans le Coran, on ne distingue pas l’arabe de l’anglais, du français, de l’espagnol, de l’allemand… Cela veut dire que de lui-même le Coran a éliminé toutes différences entre les peuples.

On ne doit pas utiliser ni le Coran, ni l’argent pour faire des différences entre les hommes. »

Nous avons terminé ces lignes quelques jours seulement avant que Léger reprenne la route des Comores pour y retrouver une situation politique instable qui ne favorise évidemment pas la réalisation de projets personnels.

Et pourtant, il en a des projets ! des projets, des envies, une volonté de s’en sortir évidente. A Mayotte, il a appris à travailler, il s’est frotté à un système qu’il connaissait mal, a compris que pour faire fonctionner une simple boutique, il fallait avoir la force de refuser de servir gratuitement ses amis, sa famille.

Si la vocation de la coopération régionale est d’aider les pays environnants à entrer dans le système économique mondial, ne doit-elle pas aussi, et avant tout, passer par l’initiation de tous à ce mode de fonctionnement ? Un mode de fonctionnement tellement éloigné de la culture comorienne ! Culture économique, culture politique, culture civique sont tellement différentes entre le système occidental qui pose (impose ?) les règles du jeu et les sociétés africaines. Comme l’a si bien compris et dit Léger, cet apprentissage passe par l’enseignement qui est le fondement indispensable de la future société comorienne et de toutes les sociétés africaines. Il ne suffit pas d’inventer des règles de jeu, encore faut-il les enseigner à ses partenaires, ou alors… Les dès seraient-ils pipés ?

Léger est reparti sans amertume, armé de son expérience professionnelle. Lui donnera-t-on la possibilité de l’exploiter chez lui ? C’est tout ce qu’on lui souhaite.


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