Vous prendrez bien un peu de recul ?

8000 km, c’est vraisemblablement la distance qu’il faut avoir pour porter un regard dépassionné sur la situation à Mayotte. Dépassionné mais empreint de simple bon sens. C’est l’enseignement que l’on peut tirer de la réaction de Jacques Floch, député PS et membre d’une énième mission parlementaire venue à Mayotte étudier la situation sur place.

Mayotte | 12 janvier 2006 |

Depuis plusieurs semaine, l’île au Lagon, mais également les îles sœurs, ont reçu la visite de tout le gotha de la presse métropolitaine. France 2 avec un « J’ai rendez-vous avec vous » qui posait plus de questions qu’il n’apportait de réponses, TF1 pour un « 7 à 8 »… Même Thalassa, qui n’a pas la réputation d’être une émission particulièrement polémique, n’a pu faire l’impasse sur le scandale des kwassa-kwassa, traitant le sujet avec une sobriété d’une efficacité redoutable.

Toute cette semaine, c’est au tour de France Inter de s’intéresser au « Confetti explosif » qu’est Mayotte vue de la métropole. Une heure chaque soir pour essayer de comprendre et faire comprendre aux auditeurs une situation qui, le plus souvent, paraît surréaliste. L’un des atouts de cette émission est de donner chaque jour la paroles aux auditeurs au travers d’un répondeur devenu célèbre… Et ces réactions sont sans appel : « Effaré par le discours fascisant qui se développe sur cette petite île !… » C’est en gros ce qui ressort de ces réactions. Qui ne le serait pas ? D’un seul coup, les Français de métropole, nourris au sein d’une France « patrie des Droits de l’Homme et de l’humanisme », découvrent que cette même France laisse mourir des dizaines de personnes chaque année entre Anjouan et Mayotte, expulse des enfants, sépare des familles.

Daniel Mermet et son équipe ne se sont pas contentés de faire un bref séjour à Mayotte et de faire un portrait à l’emporte-pièce. Ils ont traversé le bras d’océan pour aller voir de plus près à quoi ressemble les « hordes » qui viennent « coloniser » notre île. Ils ont découvert la détresse de familles dans le dénuement le plus total, des familles séparées par la couleur d’un passeport, des gamines qui pour survivre, n’ont d’autre choix que de détruire les quelques plages restant à Anjouan, vendre le sable pour quelques centimes d’euros. Ils ont découvert l’indigence des moyens sanitaires, le délabrement de l’enseignement, faisant comprendre que si l’on risque sa peau, ce n’est pas pour venir « manger le manioc des Mahorais », mais pour une simple question de survie ou donner à ses enfants une éducation leur permettant d’envisager un avenir un peu moins sombre.

Une mission parlementaire « étonnée »

Soutenir l’agriculture anjouanaise permettrait de participer à régler deux problèmes : développer l’économie d’Anjouan et réduire la facture alimentaire de Mayotte.

Même si l’on a eu assez peu d’écho sur les réactions des parlementaires venus il y a quelques jours se rendre compte sur place de la situation, on savait qu’ils avaient été « surpris notamment des imbrications familiales » qui rendaient le problème encore plus épineux. Le micro de France Inter les a rendus un peu plus loquaces, notamment pour l’un d’entre eux, Jacques Floch, député PS qui faisait partie de cette mission parlementaire. Comme le rappelle Daniel Mermet, Jacques Floch n’est pas un « gauchiste furieux, un alter-mondialiste intégriste » mais exprime le simple bon sens. Anjouan est une île où la production agricole est abondante. Pourquoi ne pas ouvrir le marché mahorais aux produits anjouanais ? «Il y a des importateurs qui bloquent, est-ce que les intérêts, légitimes, d’un importateur [de fruits et légumes] peuvent obliger à des problèmes : blocages des visas, impossibilité de circuler d’une île à une autre. C’est comme ça que les Mahorais mangent des pommes de terre du Finistère alors qu’ils pourraient manger des pommes de terre d’Anjouan, […] des oignons d’Argentine alors qu’ils pourraient manger des oignons d’Anjouan… Je crois que ça intéresse UN importateur…». Mayotte fait effectivement penser à ce petit village breton d’Astérix où l’on vend du poisson « tout frais, directement venu du marché de Lutèce en char à bœufs ».

Mayotte ne pourra pas se développer seule, en regardant ses voisins s’enfoncer dans la misère. Cela est vrai pour nos voisins les plus proches de l’Union des Comores, mais également pour Madagascar ou le Mozambique.

Plus grave, ils découvrent le discours d’hommes qui ont la responsabilité politique de l’avenir de l’île mais qui, vraisemblablement, n’ont pas été nourris par la même culture. Si l’on n’enseigne (heureusement) plus « Nos ancêtres les Gaulois » dans les écoles de l’outremer, il semblerait quand même souhaitable qu’on initie les écoliers aux auteurs du patrimoine littéraire mondial qui ont tenté de faire de notre monde un monde plus juste, plus humain. De toute évidence, ça n’a pas été le cas à Mayotte, où même la loi est bafouée. Imagine-t-on qu’un maire d’une des 36000 communes françaises puisse incendier un quartier de son village sans soulever l’indignation de toute la population ? On a vu ce qu’avait donné l’incendie d’une paillote en Corse en 1998. C’est pourtant ce qu’il s’est passé à Hamouro, sur la commune de Bandrélé le 27 octobre 2003, premier jour du Ramadan, sans que les responsables politiques ni même les médias locaux s’en émeuvent plus que ça.


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